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Texte de juillet 2006

 

Jean-Marc Lévy-Leblond accouche… d’une souris.

 

  En avril dernier avec l’article ci-dessous, je tentais d’alerter les physiciens du danger qui menace leur discipline. Que l’un des leurs, et non des moindres et non des moins conservateurs, vienne aujourd’hui appuyer ma démarche est une grande surprise et une grande satisfaction.

   Jean-Marc Lévy-Leblond dans la Recherche de Juillet-Août 2006, constate en effet que « les ruptures épistémologiques majeures du XXe siècle appartiennent toutes à sa première mi-temps. Certes, ajoute-t-il, après 1950, nous avons considérablement accru nos connaissances et raffiné nos explications, mais sans en bouleverser les principes, ni développer de nouvelles voies de recherche. »

   Et JMLL de continuer :  « Si l’on considère l’accroissement exponentiel des échelles humaines, techniques et économiques de la recherche fondamentale après les années 1950, on peut questionner son efficacité. Bien modestes sont les souris (de laboratoire) dont a accouché la montagne de la Big Science. »

   Ainsi, comme je le clamais en avril et comme JMLL le constate maintenant, la physique est en panne, en panne de progrès, en panne d’idées nouvelles. Malgré les moyens colossaux mis à la disposition des chercheurs depuis 1950, les acquis fondamentaux nouveaux sont inexistants. Seuls quelques progrès technologiques, importants il est vrai, peuvent consoler le contribuable des efforts qu’il consent à financer la Recherche.

   Mais JMLL se trompe dans l’analyse des causes qui conduisent à ce constat. Pour lui, les exigences sociales, politiques, économiques et militaires de retombées immédiates sont seules en cause. Pour lui, la pression sur les chercheurs est telle que ceux-ci n’ont plus le temps de penser et d’élaborer de grandes idées comme le firent, avant 1950, les Bohr, Einstein, Friedmann, Lemaître, Hubble, Schrödinger, Dirac, Chadwick, Gamow…

   Et non Jean-Marc !  la raison est ailleurs. Si nos descendants de la seconde moitié du XXIe siècle n’auront plus de centenaires de grandes découvertes scientifiques à commémorer, c’est tout simplement parce que, comme je le dis depuis des décennies :

 

         ·         Les tenants des théories de la Relativité et de la Mécanique Quantique imposent un carcan que ne peuvent transgresser les éditeurs et les directeurs de publication (n’est-ce pas Jean-Marc ?)

 

         ·         Les physiciens actuels, formés dans le cadre exclusif de ces disciplines ne raisonnent plus selon les lois élémentaires de la physique classique et pensent que la relativité et la mécanique quantique sont des disciplines à part entière comme le sont l’Électricité ou la Thermodynamique. Ils ne comprennent pas que ce ne sont que, comme leurs noms l’indiquent, des théories, ou, pour appeler un chat un chat, des hypothèses, des spéculations. Ils ne comprennent pas qu’une théorie n’est qu’une hypothèse de travail et n’a aucun statut qui lui octroie force de loi face à d’autres hypothèses tout aussi plausibles.

 

         ·         Les physiciens actuels sont convaincus, sans y aller voir par eux-mêmes et parce qu’on le leur serine depuis des décennies (n’est-ce pas Jean-Marc ?) que la théorie de la relativité est vérifiée dans toutes ses prédictions et dans toute sa précision, et que donc il n’est pas question de travailler ou de raisonner en dehors du cadre qu’elle délimite.

 

         ·         Les pontes de la physique actuelle enseignent ces disciplines d’une façon dogmatique laissant souvent entendre qu’il n’est pas nécessaire de les comprendre dès l’instant où elles permettent de calculer. Du reste très peu de gens qui apprennent et enseignent les théories actuelles les comprennent vraiment et se contentent, pour justifier leurs hypothèses plus farfelues les unes que les autres (supercordes, trous noirs, inflation, trous de vers…) d’affirmer qu’elles découlent de la théorie de la relativité.

 

       ·         Les physiciens actuels sont hermétiques à toute proposition qui n’émane pas d’un membre reconnu de la communauté scientifique et qui s’articule dans un langage autre que celui de la relativité ou de la mécanique quantique. Soit, ils considèrent ces propositions comme hérétiques, soit tout simplement, ils ne les comprennent pas.

 

Ainsi, comme le constate candidement Jean-Marc Lévy-Leblond la physique actuelle est stérile, improductive. Le mastodonte, doté de moyens colossaux, accouche d’une souris.

 

Mais JMLL n’a pas pris conscience de sa propre responsabilité dans cet état de chose. Lui qui dispose de moyens de publication importants avec la Direction de la collection Science au Seuil et en tant que chroniqueur de la Revue La Recherche, il pratique, de fait, la censure des idées novatrices. Lui qui est censé posséder les compétences permettant de trier le bon grain de l’ivraie, il fait l’amalgame de toutes les propositions d’ouvrage qui lui sont soumises et les refuse dès lors où elles émanent d’auteurs étrangers à sa communauté. Il est vrai que les éditeurs et les scientifiques sont quotidiennement submergés de propositions farfelues et qu’il est justifié de les écarter après un bref examen. Encore faut-il les examiner et ne pas les rejeter d’office.

   Car la rupture épistémologique attendue par JMLL ne peut venir de la communauté scientifique elle-même. Trois-quarts de siècle de domination des théories de la relativité et de mécanique quantique ont provoqué, dans cette communauté, autant de dégâts que les théories de Marx et de Lénine dans la géopolitique du XXe  siècle. Si JMLL souhaite voir bouleverser les principes et développer de nouvelles voies de recherche, il doit se convaincre que les membres reconnus de la communauté scientifique actuelle n’ont pas reçu, et pour cause, la formation qui leur confèrerait l’indépendance d’esprit pour entreprendre de telles démarches.

  Le souffle nouveau ne peut venir que de l’extérieur et JMLL et ses amis, trop préoccupés, pour leur compte, par cet impératif : publish or perish  risquent de ne pas sentir le vent salvateur s’ils ne manifestent pas un peu de curiosité pour des apports venus d’ailleurs.

 

Émile Braunthal Weisman,

Courcoury, juillet 2006

 

ebraw@wanadoo.fr

 

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